December 18, 2021 at 6:29 pm

Le Parti pris des choses, Francis Ponge

Le Parti pris des choses, Francis Ponge

Contexte

Les trente-deux poemes de ce recueil ont ete ecrits sur une longue periode, entre 1924 et 1939, et n’ont ete edites qu’en 1942.

Ponge a explique la brievete de ces petits textes autonomes : il travaillait alors intensement pour gagner sa vie, ce qui ne lui laissait qu’une vingtaine de minutes disponibles pour l’ecriture le soir avant de s’endormir.

En 1944, Sartre publie un article sur ce recueil, « L’Homme et les choses », dans lequel il souligne le fait qu’il voit dans ce recueil une volonte de retourner aux choses memes. Cet article a influence durablement l’interpretation du Parti pris des choses, bien que ce ne soit qu’une lecture possible parmi d’autres. Quant a Francis Ponge, il a toujours manifeste le desir de ne pas etre reduit au Parti pris des choses, son livre le plus celebre, mais qui ne represente que la premiere etape du travail d’ecriture qui s’est prolonge toute sa vie. Il s’est d’ailleurs toujours defendu d’etre un penseur ou un theoricien. Il a cherche avant tout a dire, ce qui signifie faire un travail de poete, et a explorer ce que le regard porte sur le monde fait des objets, de l’etre qui les regarde et de la langue qui les decrit.

Themes

Le rapport entre les mots et les objets : Les poemes en prose du Parti pris des choses s’attachent d’abord a decrire des objets simples du monde. Mais puisqu’il s’agit d’en rendre compte par le poeme, l’enjeu de ce travail est egalement la langue, l’usage des mots et la poesie. On ne peut separer ces deux themes, et il faut considerer que la poesie de Ponge cherche avant tout a reflechir au rapport entre la langue et le monde.

Le parti pris : Le titre peut se comprendre en deux sens :

La redecouverte des objets par la langue : Il y a donc deux directions, a la fois differentes et entrecroisees, dans ce recueil :

Ponge cherche constamment a retrouver un regard neuf sur le monde et a saisir l’etonnement, parfois meme le choc, de la rencontre initiale entre l’homme et les objets.

Il y a donc non seulement un monde d’objets reels, mais egalement un monde, non moins reel, de mots, de graphies et de langue. Le contact entre ces deux univers donne lieu a des images parfois fantastiques, tel que ce « corps a corps rapide », a la fois lutte et pas de danse, qui a lieu chaque fois que l’on ouvre une porte (dans « Les Plaisirs de la porte »).

Resume

Dans Le Parti pris des choses, Ponge essaye de rendre compte d’objets volontairement humbles et simples, qu’il s’agisse d’objets quotidiens ou d’elements de la nature. Chacun des poemes en prose qui compose le recueil est consacre a l’un de ces objets. On peut les classer selon differentes rubriques :

On peut proposer un autre classement, selon l’operation principale de chaque poeme :

  • les jeux de sonorites : certains poemes, comme « Pauvres pecheurs », semblent reposer essentiellement sur la musique formee par le rapprochement des sons de certains mots qui suffisent a construire un sens : « A court de haleurs deux chaines sans cesse tirant l’impasse a eux sur le grau du roi, la marmaille au milieu criait pres des paniers :“Pauvres pecheurs !” »
  • l’observation minutieuse d’un objet : « Le Pain » est un exemple connu de ce procede tres present dans Le Parti pris des choses. Il s’agit alors de decrire toutes les facettes d’un objet et de mettre a jour sa realite la moins visible et la moins connue ;
  • le rapport entre l’objet et l’homme : l’objet est souvent etudie non seulement pour lui-meme mais en fonction de ce qu’il represente pour l’homme compte whatsyourprice ou de l’usage qui en est fait. Ainsi, l’observation minutieuse « De L’Eau » implique egalement de noter l’impossibilite de garder l’eau dans ses mains ;
  • une reflexion sur la langue et sur la poesie : certains poemes se presentent comme des descriptions precises d’un objet, mais sont surtout l’occasion de definir le travail poetique. Ainsi « Les Mures » commence par cette metaphore : « Aux buissons typographiques constitues par le poeme sur une route qui ne mene hors des choses ni a l’esprit ». Il propose ensuite une definition de la poesie comme ce qui, a l’instar des mures, comporte davantage de pepins que de pulpe. Celui qui ne cherche pas la facilite sait que les pepins sont plus precieux puisqu’ils sont porteurs de fruits ;
  • le rapport entre l’objet et le mot : Ponge prolonge le travail precedent en croisant l’etude de l’objet et l’observation du mot qui le designe. Ainsi dans « L’Orange » se trouvent associes le gout du jus de ce fruit et la configuration que la bouche doit adopter pour prononcer le mot « orange » : « Il faut mettre l’accent sur la coloration glorieuse du liquide qui en resulte, et qui, mieux que le jus de citron, oblige le larynx a s’ouvrir largement pour la prononciation du mot comme pour l’ingestion du liquide ». Le mot peut egalement etre envisage sous un angle visuel, en observant sa graphie. Dans « Le Gymnaste », ce personnage humain est decrit par le dessin des lettres qui composent le mot « gymnaste » : « Comme son G l’indique le gymnaste porte le bouc et la moustache que rejoint presque une grosse meche en accroche-c?ur sur un front bas. »

Citation

« Le mollusque est un etre – presque une – qualite. Il n’a pas besoin de charpente mais seulement d’un rempart, quelque chose comme la couleur dans le tube. »

« Le feu fait un classement : d’abord toutes les flammes se dirigent en quelque sens… (L’on ne peut comparer la marche du feu qu’a celle des animaux : il faut qu’il quitte un endroit pour en occuper un autre ; il marche a la fois comme une amibe et comme une girafe, bondit du col, rampe du pied…) Puis, tandis que les masses contaminees avec methode s’ecroulent, les gaz qui s’echappent sont transformes a mesure en une seule rampe de papillons. »

« L’huitre, de la grosseur d’un galet moyen, est d’une apparence plus rugueuse, d’une couleur moins unie, brillamment blanchatre. C’est un monde opiniatrement clos. Pourtant on peut l’ouvrir : il faut alors la tenir au creux d’un torchon, se servir d’un couteau ebreche et peu franc, s’y reprendre a plusieurs fois. Les doigts curieux s’y coupent, s’y cassent les ongles : c’est un travail grossier. Les coups qu’on lui porte marquent son enveloppe de ronds blancs, d’une sorte de halos. A l’interieur l’on trouve tout un monde, a boire et a manger : sous un firmament (a proprement parler) de nacre, les cieux d’en dessus s’affaissent sur les cieux d’en dessous, pour ne plus former qu’une mare, un sachet visqueux et verdatre, qui flue et reflue a l’odeur et a la vue, frange d’une dentelle noiratre sur les bords. Parfois tres rare une formule perle a leur gosier de nacre, d’ou l’on trouve aussitot a s’orner. »

« La nuit parfois ravive une plante singuliere dont la lueur decompose les chambres meublees en massifs d’ombre. Sa feuille d’or tient impassible au creux d’une colonnette d’albatre par un pedoncule tres noir. »

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